Extrait de publication

Extrait de mon texte du 1er chapitre de la publication dans la Revue semestrielle n° (1/2020) de la RSDA de droit animalier à l’institut de droit Européen des droits de l’homme sur la thématique de la domestication.

I. Historique de la domestication : de sa naissance à nos jours

La domestication est le processus par lequel l’humain transforme le statut des animaux en imposant et modifiant les conditions de vie d’une population pour qu’elle réponde à ses besoins. Ces changements s’étendent jusqu’à la modification de la population elle-même, c’est-à-dire de son patrimoine génétique, par le biais de la sélection. Par conséquent, le génome mais aussi la morphologie, la physiologie et les comportements des animaux domestiques diffèrent de ceux de leurs ancêtres sauvages.

1. Histoire de la domestication

Pour comprendre les enjeux présents et futurs de la domestication, qui se produit presque partout dans le monde et concerne des espèces variées et des sociétés très différentes, il est nécessaire d’en faire un bref historique.

La domestication débute il y a plus de trente mille ans1 en Europe et en Asie avec le loup (Canis lupus), qui deviendra le chien (Canis familiaris). Les chasseurs-cueilleurs auraient capturé des louveteaux ainsi que les loups adultes les plus sociables dans un objectif qui semble à la fois utilitaire (pour la chasse ou la protection du groupe) mais aussi relationnel, comme en témoigne la découverte d’ossements d’ancêtres des chiens enterrés auprès d’humains. La domestication du chat sauvage (Felis silvestris), à l’origine du chat domestique (Felis catus), est également multi-géographique mais commensale et répond à un besoin : les chats obtiennent une abondance de nourriture en échange de leur régulation des espèces nuisibles pour l’humain. La plupart des animaux d’élevage (bovins, porc, moutons et chèvres) ont quant à eux été domestiqués par des sociétés déjà sédentaires qui pratiquaient l’agriculture.

Ainsi, de ces premiers rapprochements jusqu’à la révolution industrielle, la relation de l’humain aux espèces domestiques est à la fois une relation de proximité physique et affective, mais également une relation utilitaire qui offre à l’humain un gain de qualité de vie.

La révolution agricole, mais aussi et surtout la révolution industrielle, viennent bouleverser la cinétique de la domestication et une accélération exponentielle est visible à partir de la fin du 18e siècle. D’une part, la révolution agricole permet de nourrir plus d’animaux et conduit à une augmentation de l’effectif d’animaux domestiqués. D’autre part, la révolution industrielle emploie les animaux pour de nombreuses activités comme le transport ou l’exploitation des mines. Le nombre d’animaux au service de l’humain est maximal à la fin du 19e siècle.

Diverses découvertes technologiques, comme le moteur, vont progressivement permettre de se passer de l’exploitation de l’animal dans plusieurs secteurs. En revanche, l’animal de rente est élevé sur un modèle de plus en plus intensif, dont l’aboutissement est illustré par la « ferme des mille vaches », qui reste le mode actuel majoritaire de production animale. La détention d’animaux de compagnie passe d’exceptionnelle, réservée à la bourgeoisie et l’aristocratie au 19e, à accessible à l’ensemble de la population dans la seconde moitié du 20e siècle. Elle est considérable à la fin du 20e siècle avec presque 20 millions de chiens et de chats en France. Nous arrivons aujourd’hui au stade où la variabilité des relations entre humains et animaux domestiques est maximale : les animaux de rente dans les élevages industriels sont réduits à leur productivité, alors que certains animaux de compagnie acquièrent un statut proche de celui des enfants de la famille.

La barrière entre animal de rente et animal de compagnie était plutôt floue avant la révolution industrielle, puisque le contact de l’humain avec ses animaux domestiques était quasi-quotidien et que ceux-ci assuraient possiblement les deux rôles en même temps. Aujourd’hui, les fonctions de rente, de travail et de compagnie sont davantage séparées et la relation avec l’animal domestique peut aller d’inexistante (pour certains animaux de rente) à fusionnelle (pour certains animaux de compagnie). Il faut donc retenir de cette histoire de la domestication que la variabilité des relations humainanimal augmente sur un temps très court, comme si elle suivait une courbe exponentielle dont le zéro serait le début de la révolution industrielle.

Ci-dessous mon article complet, ainsi que la revue complète.